Non, pas encore : au 9 octobre 2026, aucune règle générale n’oblige une entreprise à afficher le salaire dans une offre d’emploi en France. La directive (UE) 2023/970 sur la transparence des rémunérations devait être transposée au plus tard le 7 juin 2026 ; le projet de loi de transposition n’a été déposé au Sénat que le 10 septembre 2026, en procédure accélérée, et, dans sa version déposée, il interdit de publier une offre d’emploi sans fourchette de rémunération.
L’obligation n’est donc pas encore là, mais la question se pose déjà à chaque recrutement tech, et elle divise encore beaucoup de comités de direction : écrire le salaire dans l’annonce, ou garder la main pour la négociation ? L’intuition du dirigeant penche souvent pour le silence : ne pas se lier les mains, ne pas informer les concurrents, ne pas créer de comparaisons en interne. Or cette intuition est contredite par à peu près toutes les données disponibles : une annonce sans salaire perd une grosse partie de ses candidats, et la transparence est déjà devenue majoritaire chez les recruteurs français.
Ce guide fait le point sur le calendrier légal, puis reprend le sujet posément : ce que les chiffres disent de l’effet du salaire affiché, pourquoi cacher la fourchette se retourne contre vous, comment en construire une crédible, et ce qu’il faut répondre aux objections classiques, y compris les vôtres.
Collez votre annonce dans tensionscore : l’outil repère l’absence de fourchette, la compare aux repères du marché français et vous suggère un salaire crédible pour votre poste, gratuitement.
Voir mon diagnostic gratuitCe que disent les chiffres : le salaire absent filtre à l’envers
Commençons par l’effet mesurable. Selon une enquête Robert Half relayée par HelloWork, 53 % des candidats ne postulent pas à une offre d’emploi quand le salaire n’est pas mentionné. Côté volume, une étude Monster France / YouGov (2022) observe qu’une offre affichant le salaire génère en moyenne 2,5 fois plus de candidatures qu’une offre muette. Autrement dit, en cachant votre fourchette, vous divisez votre vivier avant d’avoir commencé.
Le plus gênant n’est pas la quantité, c’est la qualité. Le développeur qui refuse de postuler sans fourchette est précisément celui qui a le choix : il est en poste, sollicité, et il n’a aucune raison d’investir trois entretiens pour découvrir au bout d’un mois que votre budget est 10 k€ sous ses attentes. Ceux qui postulent quand même sont, en moyenne, ceux qui ont le moins d’alternatives. Le silence sur le salaire ne filtre pas les prétentions excessives : il filtre les bons profils.
Il y a enfin le coût caché du malentendu tardif. Quand la question du salaire n’arrive qu’en fin de process, chaque désaccord découvert à ce stade vous coûte l’intégralité du temps investi : tri, entretiens, test technique, référence. Une fourchette affichée règle ce désaccord en quinze secondes, avant que quiconque n’ait perdu une heure.
Le marché a déjà tranché : cacher le salaire devient l’exception
Pendant que le débat continue dans certaines PME, la pratique a basculé. Selon l’enquête HelloWork sur la transparence salariale, 67,5 % des recruteurs interrogés déclaraient en 2025 indiquer systématiquement le salaire dans leurs offres, contre 60,4 % en 2024 et à peine 30 % en 2022. Le mouvement est net et rapide. Indeed observait déjà en mars 2023 qu’environ la moitié des offres publiées en France comportaient une information salariale, et la tendance n’a fait que se renforcer depuis.
Ce basculement change la lecture de votre annonce. Quand la majorité des offres affichent une fourchette, celle qui n’en affiche pas ne paraît plus prudente : elle paraît suspecte. Le candidat en déduit, à tort ou à raison, que le budget est sous le marché ou que l’entreprise compte négocier à la baisse. Vous héritez du doute par défaut, face à des concurrents qui, eux, annoncent la couleur.
Les objections classiques, démontées une par une
« Je perds ma marge de négociation. » C’est l’inverse. Une fourchette borne la négociation au lieu de la subir : le candidat qui postule accepte implicitement de discuter dans ce cadre. Sans repère, la négociation démarre de zéro en fin de process, au moment où vous êtes le plus engagé et donc le plus faible. Le rapport de force ne vient pas du secret, il vient d’avoir des candidats en face, et la fourchette vous en amène davantage.
« Mes salariés actuels vont comparer. » Ils comparent déjà : les grilles publiques, les baromètres et les discussions entre développeurs existent avec ou sans votre annonce. Si afficher la fourchette du nouveau poste crée un problème avec les salaires en place, le problème n’est pas l’affichage : c’est un écart d’équité interne qui existait déjà et qu’il vaut mieux traiter maintenant, à votre rythme, qu’après une démission ou sous la contrainte réglementaire.
« Mes concurrents vont connaître mes salaires. » Ils les connaissent, ou peuvent les estimer à quelques milliers d’euros près avec les mêmes baromètres que tout le monde. La seule partie réellement tenue dans l’ignorance par une annonce muette, c’est le candidat. Et le vrai risque concurrentiel n’est pas qu’un concurrent lise votre fourchette : c’est qu’il recrute en huit semaines le développeur que votre annonce sans salaire n’a jamais fait postuler.
« Je préfère adapter selon le profil. » C’est exactement ce qu’une fourchette permet : un bas pour le profil qui coche l’essentiel, un haut pour celui qui dépasse les attentes. La mention « rémunération selon profil », elle, ne dit pas « nous sommes flexibles » ; elle dit « nous ne voulons pas nous engager », et le candidat la lit ainsi. Et si vous hésitez entre deux niveaux, c’est le périmètre du poste qu’il faut clarifier (voir développeur junior, confirmé ou senior).
Comment construire une fourchette crédible
Afficher un salaire ne suffit pas : il faut afficher le bon. Une fourchette hors marché fait fuir autant qu’une absence de fourchette, et une fourchette trop large (« 35 à 70 k€ ») n’engage à rien, donc ne rassure personne. La méthode tient en quatre étapes.
Partez des repères publics. Dans les barèmes de tensionscore (base nationale), un développeur front-end, back-end, full-stack ou mobile se situe autour de 32 à 42 k€ brut annuels en junior, 38 à 52 k€ en confirmé et 45 à 65 k€ en senior, les profils DevOps et data au-dessus ; l’APEC situe de son côté le développeur cadre entre 34 et 53 k€ (moyenne 43 k€). Le détail par métier et par localisation est sur nos pages salaires : un développeur full-stack confirmé, par exemple, tourne autour de 42 à 52 k€, et 46 à 57 k€ en Île-de-France. Ajustez ensuite selon la stack, la ville et la part de télétravail. Enfin, validez la soutenabilité en coût chargé : tensionscore retient environ 1,45 fois le brut une fois les charges patronales ajoutées. Une fourchette que votre budget ne tient pas en coût chargé n’est pas une fourchette, c’est une promesse de conflit.
- Calez le point médian sur les repères du marché pour ce niveau, cette stack et cette ville, pas sur votre budget initial.
- Resserrez la fourchette : un écart de 6 à 10 k€ entre le bas et le haut reste lisible et engageant, un écart de 30 k€ ne veut rien dire.
- Vérifiez la cohérence avec les salaires en place avant de publier, pas après la première remarque en interne.
- Traduisez le haut de la fourchette en coût chargé (× 1,45) pour confirmer que vous pouvez réellement l’assumer.
Directive (UE) 2023/970 : où en est la transposition en France ?
La directive (UE) 2023/970 sur la transparence des rémunérations donne aux candidats le droit de recevoir une information sur la rémunération initiale ou sa fourchette avant l’entretien d’embauche, via l’annonce ou par un autre canal, et interdit de leur demander leur historique de salaire. Les États membres devaient la transposer au plus tard le 7 juin 2026. En France, le projet de loi de transposition (texte n° 944) a été déposé au Sénat le 10 septembre 2026, en procédure accélérée ; au 9 octobre 2026, il est en première lecture et n’a pas encore été adopté.
Dans sa version déposée, son article 4 va plus loin qu’une simple information avant l’entretien : il interdit de diffuser publiquement une offre d’emploi qui ne précise pas une fourchette de rémunération, interdit de demander au candidat sa rémunération actuelle ou passée et, en l’absence d’offre publiée, impose de communiquer la fourchette par écrit avant ou pendant l’entretien. Ces règles de recrutement ne prévoient pas de seuil d’effectif. Le texte peut encore évoluer pendant les débats, et son entrée en vigueur dépendra de son adoption et de sa promulgation : vérifiez son avancement sur le dossier législatif du Sénat avant de vous y fier.
Pour une PME, ce retard de transposition est une aubaine plus qu’un sursis : vous pouvez prendre l’habitude maintenant, calibrer vos fourchettes et régler vos écarts internes sans pression, pendant que d’autres découvriront l’exercice dans l’urgence d’une mise en conformité. Et d’ici là, chaque annonce transparente vous distingue de celles qui ne le sont pas encore.
Si vous voulez savoir où en est votre annonce actuelle, le test est immédiat : l’absence de salaire fait partie des red flags que l’outil tensionscore détecte, et la fiche de tension vous propose une fourchette conseillée calée sur les repères du marché français pour ce profil précis.
À retenir
- 53 % des candidats ne postulent pas à une offre sans salaire mentionné (Robert Half, relayé par HelloWork), et une offre qui l’affiche génère environ 2,5 fois plus de candidatures (Monster France / YouGov, 2022).
- Le marché a basculé : 67,5 % des recruteurs affichaient systématiquement le salaire en 2025, contre 30 % en 2022 (HelloWork). Une annonce muette n’est plus prudente, elle est suspecte.
- Les objections classiques ne tiennent pas : la fourchette cadre la négociation au lieu de la subir, l’équité interne est un problème à traiter (pas à cacher), et vos concurrents connaissent déjà vos niveaux de salaire.
- Une fourchette crédible part des repères publics (un développeur confirmé tourne autour de 38 à 52 k€ brut en base nationale selon le métier), s’ajuste à la stack et à la ville, reste resserrée, et se valide en coût chargé (environ 1,45 × le brut).
- Afficher le salaire n’est pas encore obligatoire en France : la directive (UE) 2023/970 devait être transposée avant le 7 juin 2026, et le projet de loi déposé au Sénat le 10 septembre 2026, pas encore adopté, interdit les offres sans fourchette. Prendre l’habitude maintenant coûte moins cher que s’y plier dans l’urgence.